J'ai enfin reçu de l'UDF sa position sur les logiciels libres. Le cabinet de 
M. Bayrou m'a envoyé une interview de M. Bayrou à paraître ce soir dans le 
journal du net et que je reproduis ci après (après les ---)

Denis

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Interview de François Bayrou pour le Journal du Net
(à paraître le mardi 23/09/03)
Embargo jusqu’à 18h00

La brevetabilité des logiciels, est-ce la mort annoncée des logiciels libres 
et des petits éditeurs de logiciels ?

Il faut défendre l’univers du logiciel libre. C’est très important en termes 
de créativité, et pour éviter des prises de contrôle par des géants, pour 
éviter que Goliath n’écrase David, par ses capitaux, par ses brevets 
verrouillés, par ses avocats. 
Dans la logique industrielle, on comprend parfaitement que l’innovation doive 
être protégée car elle nécessite la mobilisation de capitaux importants. Mais 
le monde du logiciel libre repose sur une autre logique : il fait appel avant 
tout au capital humain, à l’expérience, à l’échange de savoir-faire. Or les 
ressources de créativité qu’il recèle sont considérables.
Cet affrontement de deux philosophies, j’allais presque dire de deux visions 
du monde, avec par ailleurs des poids économiques inégaux, mérite que les 
responsables publics s’engagent. Il faut préserver la diversité. 

À votre avis, quelles conséquences cette directive pourrait-elle avoir sur 
l'industrie logicielle européenne ?

La directive ne fait qu’entériner la jurisprudence de l’OEB. Sur le plan 
statistique, on estime que les dépôts dans ce domaine, parfois farfelus, sont 
à 70 % d’origine étrangère. Or, la directive va faire rentrer dans le droit 
positif cette situation mettant notre industrie dans une situation délicate. 
Si l’on ajoute à cela que nous ne disposons pas, à part quelques exceptions 
comme SAP ou BO, de multinationales du logiciel capables de rivaliser avec 
les géants américains, la situation risque de devenir inquiétante. 
Mais il y a plus grave. Cela risque de porter un coup fatal à nos PME 
innovantes dans le secteur car elles n’auront pas les moyens de se défendre 
et l’arme du brevet leur est souvent inaccessible pour des raisons 
économiques et d’information à ce sujet. Sur ces deux derniers points, il est 
impératif de prendre rapidement des mesures pour les faire accéder à cette 
protection juridique et les sensibiliser en amont aux enjeux. 
Dernier aspect et de façon plus large, le logiciel libre, par l’accès au code 
source, le respect des standards et de l’interopérabilité, garantit également 
l’indépendance des utilisateurs par rapport aux éditeurs propriétaires. 
Beaucoup d’acteurs, notamment dans le monde public, ont opté pour cette 
logique. En mettant en cause cette approche, ce n’est plus simplement une 
question de menace économique que nous aurions à traiter mais également un 
risque réel de dépendance, de perte de pouvoir au sens large.

Les brevets contribuent-ils selon vous à protéger l'innovation logicielle ?

Les défenseurs de la brevetabilité avancent des arguments qu’il faut aussi 
entendre : la mobilisation de capitaux, la garantie d’un juste retour 
financier en cas de succès et la nécessaire protection de l’innovation sont 
des conditions essentielles au dynamisme économique. 
Pourtant, il ne faut pas réduire l’innovation logicielle à une logique 
purement commerciale ou industrielle. Ces briques technologiques font 
qu’aujourd’hui les hommes communiquent à travers la planète, que les échanges 
sont possibles, que certains pays peuvent accéder à des technologies à bas 
coût pour rattraper leur retard. Nous ne parlons pas simplement de logiciels 
de bureautique mais surtout d’inventions humaines qui deviennent le vecteur 
d’une nouvelle façon de vivre ensemble. Cela semble irréductible avec la 
logique de la brevetabilité et de l’accaparement de l’innovation par 
quelques-uns. 
Dans ce secteur la logique de l’innovation a aussi changé de nature. Elle se 
fonde désormais sur l’échange, non seulement d’un savoir faire mais aussi de 
briques logicielles utilisées par de nombreux programmeurs. On est passé 
d’une logique individualiste à une approche collaborative. Dès lors, le 
risque est grand de voir un maillon de la chaîne arrêté car un éditeur en 
réclamerait la paternité et bloquerait ainsi le cycle d’un production 
logicielle innovante dont tout le monde bénéficie. 
Même si l’on considère que le brevet est une source de protection pour 
l’innovation logicielle, il faudra encore lever d’autres obstacles et 
notamment les critères de la brevetabilité qui semblent inapplicables à 
l’innovation immatérielle. Par exemple, comment établir l’état de la 
technique dans un monde en constante mutation où l’innovation est 
nécessairement éparse et non centralisée ?

N'est-ce pas l'importation d'une conception et de méthodes purement 
anglo-saxonnes ?

La jurisprudence de l’OEB a été inspirée directement par les pratiques 
américaines. Il ne s’agit pas d’une importation mais le résultat de nombreux 
dépôts faits par l’industrie nord-américaine qui nous pousse aujourd’hui à 
clarifier la situation ! Nous n’avons pas à transposer ce système, qui 
d’ailleurs suscite des critiques outre-atlantique, nous ne faisons 
qu’entériner les pratiques d’un organisme qui est indépendant des instances 
politiques et qui tire d’importants bénéfices du dépôt de brevet.

Y a-t-il des pressions exercées par certains lobbies au Parlement ?

Les nombreux reports de ce texte et les oppositions, souvent acerbes, qu’il 
provoque aujourd’hui sont évidemment le résultat d’un affrontement bloc 
contre bloc dont les acteurs sont parfaitement identifiés. D’un côté, l’on 
retrouve les grands éditeurs de logiciels et notamment leur association le 
BSA et de l’autre des acteurs nombreux, souvent associatifs, qui représentent 
les logiciels libres. 

- Est-ce que les reports successifs du débat traduisent de réelles dissensions 
au sein des différents partis politiques qui vont avoir à se prononcer sur la 
question ?

Oui, bien sûr. Tous les groupes sont divisés. Pour le Parti socialiste 
européen, Arlene Mc Carthy, rapporteur du projet pour la Commission juridique 
et du marché intérieur soutient le texte, tandis que Michel Rocard s’y oppose 
fermement. Les Verts sont dans la même sensibilité que celle que j’exprime. 
Mes amis UDF qui siègent au sein du PPE – Marielle de Sarnez, le général 
Philippe Morillon, Jean-Louis Bourlanges, Francis Decourrière, Thierry 
Cornillet - défendront majoritairement le logiciel libre. De même, chez les 
libéraux, Jean-Thomas Nordmann (UDF), défend la même thèse que la mienne, 
alors que son groupe est majoritairement favorable à la directive. 
 
- Quotidiennement, quel type de logiciel utilisez vous ? 

Je suis un adepte des Mac depuis de nombreuses années. J’utilise mon 
ordinateur quotidiennement et je constate que Mac OS X basé sur FreeBSD est 
un système très robuste, standard et dont l’interface dépasse largement les 
autres systèmes d’exploitation grand public ! 

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